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Ne me quitte pas, il faut oublier
Tout peut s'oublier, qui s'enfuit déjà
Oublier le temps des malentendus
Et le temps perdu à savoir comment
Oublier ces heures qui tuaient parfois
A coup de pourquoi, le cœur du bonheur
Ne me quitte pas, ne me quitte pas, ne me quitte pas.Moi je t'offrirai des perles de pluie
Venues de pays où il ne pleut pas
Je creuserai la terre jusqu'après ma mort
Pour couvrir ton corps d'or et de lumière
Je ferai un domaine où l'amour sera roi
Où l'amour sera loi, où tu seras reine
Ne me quitte pas, ne me quitte pas, ne me quitte pas.Ne me quitte pas, je t'inventerai
Des mots insensés, que tu comprendras
Je te parlerai de ces amants-là
Qui ont vu deux fois leurs cœurs s'embraser
Je te raconterai l'histoire de ce roi
Mort de n'avoir pas pu te rencontrer
Ne me quitte pas, ne me quitte pas, ne me quitte pas.
On a vu souvent rejaillir le feu
D'un ancien volcan, qu'on croyait trop vieux
Il est paraît-il des terres brûlées
Donnant plus de blé qu'un meilleur avril
Et quand vient le soir, pour qu'un ciel flamboie
Le rouge et le noir ne s'épouse-t-il pas
Ne me quitte pas, ne me quitte pas, ne me quitte pas.
Ne me quitte pas, je ne vais plus pleurer
Je ne vais plus parler, je me cacherai là
A te regarder danser et sourire
Et à t'écouter chanter et puis rire
Laisse-moi devenir l'ombre de ton ombre
L'ombre de ta main, l'ombre de ton chien
Ne me quitte pas, ne me quitte pas, ne me quitte pas.[Jacques Brel - Ne me quitte pas]
Dans le village où je suis née, il y a eu des bombes. C'était il y a longtemps, mais les rues en ont gardé des cicatrices. Les maisons sont toutes sorties de terre en même temps, il y a moins d'un siècle, des autres habitants y sont venus et lui ont redonné un visage nouveau... Mais quelques vieilles pierres sont encore là, et ma grand-mère est revenue et m'a transmis l'amour de ce lieu magique. Et toujours quand j'aurai mal à l'âme, j'irai là-bas, jeter mes larmes au vent, et je sais que je repartirai avec une plume au cœur...
Encore une longue journée traversée par une foule maussade d'ombres anonymes, des silhouettes incertaines et tremblantes, qui déambulent sans vraiment connaître leur but réel, juste par habitude, juste parce qu'on leur a un jour dit que tel serait leur chemin, et que telle serait leur vie. Dans les rues, ils sont semblables à des poupées de cire, fragiles, manquant de se briser au moindre contact. Mais le soir venu, ils rentrent dans leurs prisons dorées, et là, un sentiment d'invulnérabilité les happe. Ils vont se coucher l'esprit léger, tout en sachant que demain la même danse recommencera...
Je vis un autre ange puissant, qui descendait du ciel, enveloppé d'une nuée ; au-dessus de sa tête était l'arc-en-ciel, et son visage était comme le soleil, et ses pieds comme des colonnes de feu. Il tenait dans sa main un petit livre ouvert. Il posa son pied droit sur la mer, et son pied gauche sur la terre ; et il cria d'une voix forte, comme rugit un lion. Quand il cria, les sept tonnerres firent entendre leurs voix.
[Apocalypse de Jean - chapitre 10]
The wind blows rain into my face
The sun glows at the end of the highway
Child of the moon, rub your rainy eyes
Oh, child of the moon
Give me a wide-awake crescent-shaped smile
She shivers, by the light she is hidden
She flickers like a lamp lady vision
Child of the moon, rub your rainy eyes
Oh, child of the moon
Give me a wide-awake crescent-shaped smile
The first car on the foggy road riding
The last star for my lady is pinning
Oh, child of the moon, bid the sun arise
Oh, child of the moon
Give me a misty day, pearly gray, silver, silky faced,
Wide-awake crescent-shaped smile
[The Rolling Stones - Child of the moon]
il n'y a rien de plus beau qu'un égo meurtri qui se reflète sur le doux visage d'un ange
il n'y a rien de plus triste qu'une perfection qui s'est égarée dans la douce confusion de la brume matinale
il n'y a rien de plus émouvant que le regard pétillant d'un enfant qui découvre un nid de printemps au creux de l'arbre
il n'y a rien de plus douloureux que l'amertume émanant du sourire de l'homme qui à jamais disparaît
Yesterday, all my troubles seemed so far away
Now it looks as though they're here to stay,
Oh, I believe in yesterday.
Suddenly, I'm not half the man I used to be,
There's a shadow hanging over me,
Oh, yesterday came suddenly.
Why she had to go ?
I don't know, she wouldn't say,
I said something wrong
Now I long for yesterday.
Yesterday, love was such an easy game to play,
Now I need an easy game to play
Oh, I believe in yesterday.
[The Beatles - Yesterday]
Tu traverses la vie à toute vitesse, comme si tu voulais en voir le bout avant tes 20 ans... Mais à courir ainsi, tu passes à côté de l'essentiel, tu le sais ça ? Et plus tu iras vite, plus tu auras de chances de trébucher...
te prendre par la main et te garder à mes côtés une journée entière, ton regard de petite fée aux cheveux couleur charbon perdu vers l'avant
nous deux, nos pieds nus ancrés au sol, anonymes parmi toutes les autres paires de chaussures
mais l'esprit bien plus haut perché, à plusieurs kilomètres au-dessus des passants moroses
tu me poserais des questions sur la vie, et je te raconterais des réponses dictées par mes rêves
je te dirais que si nos pieds n'étaient pas aveugles, ils nous emmèneraient certainement ailleurs, que c'est la Terre en tournant qui fabrique le vent, que si l'on a inventé les larmes, c'est uniquement pour donner plus de force aux éclats de rire...
Elle a mis le temps, la valse, à rédiger la préface,
Où l'alchimie éphémère, du désir opère.
Elle a mis le temps, la valse, pour que tu me regardes,
Et qu'enfin, tu acceptes la joyeuse galipette.
Elle a mis le temps, la valse, pour que tu me dises "oui",
J'ai dû en faire des grimaces, avant que tu viennes dans mon lit !
Elle a mis le temps, la valse, à vouloir trop en faire,
Pour souligner la farce de notre histoire ordinaire.
Elle a mis le temps, la valse, pour que tu me voies tel que je suis,
Et pour que tu en déduises des conclusions qui me nuisent...
Elle a mis le temps, la valse, tu n'étais qu'une métaphore,
J'ai vu ton vrai visage, bien après ton joli corps.
Elle a mis le temps, la valse, à réduire les amants,
A des ombres sans vie, qui dansent au son de l'ennui.
Elle a mis le temps, la valse, à pourrir les sentiments,
Des enfants qui balbutient des "je t'aime pour la vie !"
[Bénabar - La valse]
elle était là, à moitié nue, immobile
assise sur une grosse pierre au bout de la jetée...
les promeneurs passaient à côté la frôlaient furtivement,
d'un regard distrait qui pourtant lui arrachait le cœur...
il semblait qu'elle était là depuis des siècles
comme si le temps était figé pour elle seule,
et avait autorisé la vie à se poursuivre tout autour d'elle,
la laissant observer la course folle du monde...
mais avait-elle une fois seulement vu d'autre paysage,
différents de ce port emprisonné dans un brouillard infini ?
on l'a déracinée ce matin, statue de bronze au regard amer,
on l'a séparée de son éternel rocher,
qui bientôt partira à son tour...
Dans la ville et ses rues austères, je vogue au gré de mes humeurs, en quête de vaines affaires, en proie à de piètres ardeurs.
Sur le pavé bien trop humide traîne le poids de ma carcasse, jusqu'à l'ennui ou la fatigue, j'attends doucement que le temps passe.
Une cuillerée de solitude dans un grand verre de tristesse, que j'écume par habitude, au comptoir de mon ivresse.
Une silhouette peu reluisante m'aguiche au coin d'une ruelle, j'esquive ses manœuvres ardentes à coup de phrases rituelles.
Et quand la nuit fait son entrée, je bascule dans la pénombre, pour me retrouver nez à nez au bistrot dans lequel je sombre.
Une cuillerée de solitude dans un grand verre de tristesse, que j'écume par habitude au comptoir de mon ivresse.
Je tends mon verre négligemment, vers celle qui ne s'en doutant, rempli mon cœur si soudainement d'une envie d'arrêter le temps.
Pour lui dire tout ce que je n'ai pas su dire pendant tant d'années, pour pouvoir enfin lui donner l'amour que j'ai toujours gardé.
Une bouffée de plénitude, dans le flacon de la tendresse, fait plier ma désuétude sous le poids de tes caresses.
[Tournée Générale - Une cuillerée de solitude]
Morte de sécheresse, la fiancée de l'eau
A marié son sang à celui du ruisseau,
Prince range ton drap blanc, Prince range ton drap blanc.
Prince range ton drap blanc, il ne sera jamais
Le drapeau rougissant de sa virginité,
Regarde son honneur, regarde son honneur.
Regarde son honneur, s'enfuir par la mort
Regarde triste voleur, l'absence dans son corps,
Tu peux creuser la terre, tu peux creuser la terre.
Tu peux creuser la terre, avec tous tes remords
Creuser jusqu'en enfer, creuser, creuser encore,
Non, tu n'auras rien d'elle, non, tu n'auras rien d'elle.
Non, tu n'auras rien d'elle, il n'y a plus rien à prendre,
Elle s'est jetée au ciel, tu commences à comprendre,
Que tout n'est pas à vendre, que tout n'est pas à vendre.
[Le Rue Kétanou - La fiancée de l'eau]
Mon verre est plein d'un vin trembleur comme une flamme
Ecoutez la chanson lente d'un batelier
Qui raconte avoir vu sous la lune sept femmes
Tordre leurs cheveux verts et longs jusqu'à leurs pieds
Debout chantez plus haut en dansant une ronde
Que je n'entende plus le chant du batelier
Et mettez près de moi toutes les filles blondes
Au regard immobile aux nattes repliées
Le Rhin, le Rhin est ivre où les villes se mirent
Tout l'or des nuits tombent en tremblant s'y refléter
La voix chante toujours à en râle-mourir
Ces fées aux cheveux verts qui incantent l'été
Mon verre s'est brisé comme un éclat de rire
[Guillaume Apollinaire - Nuit rhénane]
Arrache-moi les yeux,
Que je ne puisse plus voir.
Arrache-moi les mains,
Que je ne puisse toucher.
Arrache-moi les ongles,
La douleur jusqu'au bout des doigts.
Arrache-moi le cœur,
Que je ne puisse plus avoir peur...
Arrache-moi la tête,
Que je ne puisse savoir.
Arrache-moi les oreilles,
Que je ne puisse t'entendre.
Arrache-moi les ...,
La douleur jusqu'au bout de moi.
Arrache-moi le cœur,
Que je ne puisse plus avoir peur...
[Louise Attaque - Arrache-moi]
Quand j'étais petite, j'aimais bien les poissons.
J'avais un poisson aux reflets bleutés.
Il tournait en rond dans son bocal.
Bah oui, parce que dans un bocal, c'est plus rigolo.
Il ne pouvait pas se cacher, je le voyais tout le temps.
Je l'avais posé devant la fenêtre.
Les rayons du soleil venaient lui caresser les écailles.
C'était joli la danse de la lumière qui se reflétait sur l'eau.
Puis un jour il est mort, mais c'était normal.
Bah oui, les poissons ils ne sont pas heureux dans un bocal.
C'est un peu comme nous en fait.
Quand on tourne en rond trop longtemps, on finit par s'éteindre...
La chose, qui attendait, s'est alertée, elle a fondu sur moi, elle se coule en moi, j'en suis plein. Ce n'est rien : la Chose, c'est moi. L'existence, libérée, dégagée, reflue sur moi. J'existe.
J'existe. C'est doux, si doux, si lent. Et léger : on dirait que ça tient en l'air tout seul. Ca remue. Ce sont des effleurements partout qui fondent et s'évanouissent. Tout doux, tout doux. Il y a de l'eau mousseuse dans ma bouche. Je l'avale, elle glisse dans ma gorge, elle me caresse ; et la voila qui renaît dans ma bouche, j'ai dans la bouche à perpétuité une petite mare d'eau blanchâtre, discrète, qui frôle ma langue. Et cette mare, c'est encore moi. Et la langue. Et la gorge, c'est moi.
Je vois ma main qui s'épanouit sur la table. Elle vit, c'est moi. Elle s'ouvre, les doigts se déploient et pointent. Elle est sur le dos. Elle me montre son ventre gras. Elle a l'air d'une bête à la renverse. (...) C'est moi, ces deux bêtes qui s'agitent au bout de mes bras. Ma main gratte une de ses pattes, avec l'ongle d'une autre patte ; je sens son poids sur la table qui n'est pas moi. C'est long, long, cette impression de poids, ça ne passe pas. Il n'y a pas de raison pour que ça passe. A la longue, c'est intolérable...
[Jean-Paul Sartre - La Nausée]
Elle veut pouvoir se vider de la tristesse qui lui pollue le cœur et l'esprit. Elle veut pouvoir ne plus rien ressentir, ne plus avoir de contraintes. Elle veut être vraiment seule et n'obéir qu'à elle-même. Elle veut voir les nuages danser autour d'elle. Elle ne veut plus être attachée à notre Terre. Laissez-la prendre son envol, et elle pourra vous regarder de très haut, vous et vos principes, et enfin elle sera heureuse. Heureuse de ne plus avoir à subir la vie de l'Homme, pleine de cruauté et d'injustice. De là-haut, elle pensera tristement à vous qui n'aurez pas su vous échapper. Peut-être même qu'elle laissera s'écouler une larme. Mais la belle Elia, elle sera libre...
Des armes, des chouettes, des brillantes,
Des qu'il faut nettoyer souvent pour le plaisir,
Et qu'il faut caresser comme pour le plaisir,
L'autre, celui qui fait rêver les communiantes.
Des armes bleues comme la terre,
Des qu'il faut se garder au chaud au fond de l'âme,
Dans les yeux, dans le cœur, dans les bras d'une femme,
Qu'on garde au fond de soi comme on garde un mystère.
Des armes au secret des jours,
Sous l'herbe, dans le ciel et puis dans l'écriture,
Des qui vous font rêver très tard dans les lectures,
Et qui mettent la poésie dans les discours.
Des armes, des armes, des armes,
Et des poètes se service à la gâchette,
Pour mettre le feu aux dernières cigarettes,
Au bout d'un vers français brillant comme une larme.
[Léo Ferré - Des armes]
Il n'aurait fallu qu'un moment de plus
Pour que la mort vienne, mais une main nue
Alors est venue, qui a pris la mienne.
Qui donc a rendu leurs couleurs perdues
Aux jours aux semaines, sa réalité
A l'immense été, des choses humaines.
Moi qui frémissait, toujours je ne sais
De quelle colère, deux bras ont suffi
Pour faire à ma vie un grand collier d'air.
Rien qu'un mouvement, ce geste en dormant
Léger qui me frôle, un souffle posé
Moins une rosée, contre mon épaule.
Un front qui s'appuie, à moi dans la nuit
Deux grands yeux ouverts, et tout m'a semblé
Comme un champ de blé, dans cet univers.
Un tendre jardin, dans l'herbe ou soudain
La verveine pousse, et mon cœur défunt
Renaît au parfum qui fait l'ombre douce.
Il n'aurait fallu qu'un moment de plus
Pour que la mort vienne, mais une main nue
Alors est venue, qui a pris la mienne.
[Louis Aragon - Il n'aurait fallu]