mercredi 17 décembre 2008

attends la neige

Le vois-tu venir, mon amour, ce dimanche avec sa gueule moche, ce cancrelat qui tourne autour, de ce jour triste comme un son d'cloche.
Oh temps suspends mes heures de vol et couvre mon coeur de patine. Quand la déprime me racole, que ses maux de passe me chagrinent.
Entends-tu la marche funèbre de cette semaine qui crève, à cette détresse une trêve : poser ma bouche sur tes lèvres.
Caresse moi, caresse moi, j'ai le ventre gonflé de larmes, ce soir la vie me rétame, caresse moi, caresse moi.
Ne laisse pas ce jour vieillir, sans poser avant qu'il n'expire, tes mains sur moi, caresse moi.
C'est un dimanche comme tant d'autres, qui déjà me vide le coeur, une petite bête noire se vautre impunément sur mes humeurs.
J'ai la déprime à fleur de peau et l'automne dans les entrailles, pas une bière placebo ne peut soigner ce qui m'entaille, et toujours la marche funèbre de cette semaine qui crève, à cette détresse une trêve : poser ma bouche sur tes lèvres
Caresse moi, caresse moi, j'ai le ventre gonflé de larmes, ce soir la vie me rétame, caresse moi, caresse moi. Ne laisse pas ce jour vieillir, sans poser avant qu'il n'expire, tes mains sur moi, caresse moi.

[Yves Jamait - Dimanche (Caresse-moi)]

mardi 2 septembre 2008

souffle coupé

Choose Life. Choose a job. Choose a career. Choose a family. Choose a fucking big television, choose washing machines, cars, compact disc players and electrical tin openers. Choose good health, low cholesterol, and dental insurance. Choose fixed interest mortgage repayments. Choose a starter home. Choose your friends. Choose leisurewear and matching luggage. Choose a three-piece suite on hire purchase in a range of fucking fabrics. Choose DIY and wondering who the fuck you are on Sunday morning. Choose sitting on that couch watching mind-numbing, spirit-crushing game shows, stuffing fucking junk food into your mouth. Choose rotting away at the end of it all, pissing your last in a miserable home, nothing more than an embarrassment to the selfish, fucked up brats you spawned to replace yourselves. Choose your future. Choose life... But why would I want to do a thing like that? I chose not to choose life. I chose somethin' else. And the reasons? There are no reasons. Who needs reasons when you've got heroin?

[Irvine Welsh - Trainspotting]

oeuf de fleur à clochette

Du bonheur à l'état pur, brut, natif, volcanique, quel pied ! C'était mieux que tout, mieux que la drogue, mieux que l'héro, mieux que la dope, coke, crack, fix, joint, shit, shoot, snif, pét', ganja, marie-jeanne, cannabis, beuh, péyotl, buvard, acide, LSD, extasy. Mieux que le sexe, mieux que la fellation, soixante-neuf, partouze, masturbation, tantrisme, kama-sutra, brouette thaïlandaise. Mieux que le Nutella au beurre de cacahuète et le milk-shake banane. Mieux que toutes les trilogies de George Lucas, l'intégrale des muppets-show, la fin de 2001. Mieux que le déhanché d'Emma Peel, Marilyn, la schtroumpfette, Lara Croft, Naomi Campbell et le grain de beauté de Cindy Crawford. Mieux que la face B d'Abbey Road, les CD d'Hendrix, le nouveau p'tit pas de Neil Armstrong sur la lune. Le space-mountain, la ronde du Père-Noël, la fortune de Bill Gates, les transes du dalaï-lama, les NDE, la résurrection de Lazare, toutes les piquouzes de testostérone de Schwarzy, le collagène dans les lèvres de Pamela Anderson. Mieux que Woodstock et les rave-party les plus orgasmiques. Mieux que la défonce de Sade, Rimbaud, Morisson et Castaneda. Mieux que la liberté... Mieux que la vie...

[Yann Samuell - Jeux d'enfants]

take it easy

Angel came down from heaven yesterday
She stayed with me just long enough to rescue me
And she told me a story yesterday
About the sweet love between the moon and the deep blue sea
Then she spread her wings over me
She said she's gonna come back tomorrow
And I said "Fly on, my sweet Angel
Fly on to the sky
Fly on, my sweet Angel
Tomorrow I'm gonna be by your side

Sure enough, this woman came home to me
Silver wings silhouetted against a child's sunrise
And my Angel, she said into me
"Today is the day for you to rise
Take my hand, you're gonna be my man
You're gonna rise"
Then she took me high over younder
And I said "Fly on, my sweet Angel
Fly on to the sky
Fly on, my sweet Angel
Tomorrow I'm gonna be by your side

[Jimi Hendrix - Angel]

nouveau départ

Birds flying high, you know how I feel
Sun in the sky, you know how I feel
Breeze drifting on by you know how I feel
It's a new dawn, it's a new day
It's a new life for me
Yeah, it's a new dawn, it's a new day
It's a new life for me

[Wax Tailor - How I feel]

vendredi 22 août 2008

let everybody dream higher

One pill makes you larger
And one pill makes you small,
And the ones that mother gives you
Don't do anything at all
Go ask Alice
When she's ten feet tall.
And if you go chasing rabbits,
And you know you're going to fall,
Tell 'em a hookah-smoking caterpillar
Has given you the call
Call Alice
When she was just small.
When men on a chessboard
Get up and tell you where to go,
And you've just had some kind of mushroom
And your mind is moving low,
Go ask Alice;
I think she'll know,
When logic, and proportion
Have fallen sloppy dead,
And the White Knight is talking backwards
And the Red Queen's "off with her head"
Remember what the dormouse said:
"Feed your head. Feed your head."

[Jefferson Airplane - White Rabbit]

dimanche 3 août 2008

instantanée de velours

La première nuit, tu as su que c'était elle, qu'elle était unique et plus belle que toutes les autres... Tu as su au premier contact de sa main sur ta joue que tant que tu serais dans ses bras, rien ne pourrait jamais plus t'atteindre et te blesser...
La dernière nuit, tu ne pouvais pas savoir que c'était la dernière... Tu ne pouvais pas t'imaginer que quelques heures plus tard, ce serait la dernière fois que tu te réveillais à ses côtés... Et que chaque matin qui allait suivre, tu allais sentir ce pincement au cœur en constatant son absence...

rayon d'acajou

Tu n'as rien appris, sinon que la solitude n'apprend rien, que l'indifférence n'apprend rien : c'était un leurre, une illusion fascinante et piégée. Tu étais seul et voilà tout et tu voulais te protéger; qu'entre le monde et toi les ponts soient à jamais coupés. Mais tu es si peu de chose et le monde est un si grand mot : tu n'as jamais fait qu'errer dans une grande ville, que longer sur quelques kilomètres de façades, des parcs et des quais.

[Georges Pérec - La solitude]

dimanche 27 juillet 2008

addiction téléscopique

Je t'aime pour toutes les femmes que je n'ai pas connues
Je t'aime pour tous les temps où je n'ai pas vécu
Pour l'odeur du grand large et l'odeur du pain chaud
Pour la neige qui fond pour les premières fleurs
Pour les animaux purs que l'homme n'effraie pas
Je t'aime pour aimer
Je t'aime pour toutes les femmes que je n'aime pas
Qui me reflète sinon toi-même je me vois si peu
Sans toi je ne vois rien qu'une étendue déserte
Entre autrefois et aujourd'hui
Il y a eu toutes ces morts que j'ai franchies sur de la paille
Je n'ai pas pu percer le mur de mon miroir
Il m'a fallu apprendre mot par mot la vie
Comme on oublie
Je t'aime pour ta sagesse qui n'est pas la mienne
Pour la santé
Je t'aime contre tout ce qui n'est qu'illusion
Pour ce coeur immortel que je ne détiens pas
Tu crois être le doute et tu n'es que raison
Tu es le grand soleil qui me monte à la tête
Quand je suis sûr de moi.

[Paul Eluard - Je t'aime]

à l'aube de tes lèvres

Je sais où la trouver, elle sait où me voir, toujours employés à réduire les écarts, quand on l'approche enfin, aussi près qu'on aille, on ne possède rien.
Elle va où elle veut.
Du feu du bruit pour mériter le silence, au bout du compte, ça ressemble à de la chance, et comme on dit parfois, si tu tiens à toi ne fais jamais comme eux.
Elle va où elle veut.
Si tout file entre nos doigts, les jeux qui nous tiennent resteront toujours là, y'a rien à dire de plus, depuis toujours c'est une chose entendue.
Elle va où elle veut.

[Noir Désir - Elle va où elle veut]

dimanche 20 juillet 2008

spatial

accroissement d’un brouillard d’hélices imprévues
arc voltaïque impassible visse
les corridors échine des maisons
et la fumée
gradation du vent qui déchire le linge
dans un tiroir la tabatière écorces d’oranges et des ficelles
o soupape de mon âme vidée
la fiole liée au cou
les trains se taisent tout d’un coup

[Tristan Tzara - Sage danse deux]

en avance

Trois pas en arrière, jambes frissonnantes, imperceptible oscillation
Deux alternatives, abandon de soi, plongeon dans l'absence
Une vague d'acide, turpitude atomique, léthargie infinie
Zéro espoir, anéantissement de l'âme, agonie

ma fée verte

Avec la mer du Nord pour dernier terrain vague
Et des vagues de dunes pour arrêter les vagues
Et de vagues rochers que les marées dépassent
Et qui ont à jamais le cœur à marée basse
Avec infiniment de brumes à venir
Avec le vent de l'est écoutez-le tenir
Le plat pays qui est le mien
Avec des cathédrales pour uniques montagnes
Et de noirs clochers comme mâts de cocagne
Où des diables en pierre décrochent les nuages
Avec le fil des jours pour unique voyage
Et des chemins de pluie pour unique bonsoir
Avec le vent d'ouest écoutez-le vouloir
Le plat pays qui est le mien
Avec un ciel si bas qu'un canal s'est perdu
Avec un ciel si bas qu'il fait l'humilité
Avec un ciel si gris qu'un canal s'est pendu
Avec un ciel si gris qu'il faut lui pardonner
Avec le vent du nord qui vient s'écarteler
Avec le vent du nord écoutez-le craquer
Le plat pays qui est le mien
Avec de l'Italie qui descendrait l'Escaut
Avec Frida la Blonde quand elle devient Margot
Quand les fils de novembre nous reviennent en mai
Quand la plaine est fumante et tremble sous juillet
Quand le vent est au rire, quand le vent est au blé
Quand le vent est au sud, écoutez-le chanter
Le plat pays qui est le mien.

[Jacques Brel - Le plat pays]

dimanche 15 juin 2008

libre amour

C'est l'hiver, il est peut-être midi, elle ne sais pas vraiment. Maintenant, plus rien n'a d'importance, elle est partie, elle marche, c'est tout.
Il neige à gros flocons, et pourtant elle a chaud, et soudain, une impression d'étouffer. Elle s'arrête et reste immobile une dizaine de minutes. La stupeur se lit jusqu'au plus profond de ses yeux.
Chaque personne qui passe à côté d'elle la dévisage, comme si elle n'était qu'une vulgaire tache d'encre sur le drap blanc, encore immaculé, qui recouvrait à présent toute la ville.
L'envie de fuite qui lui tenaillait le cœur, elle l'a perdue. Aujourd'hui, elle visite le monde, elle marche au hasard de ses envies, serrant fort contre elle sa petite Elia, qui garde les yeux grands ouverts, comme pour graver dans sa mémoire tous les lieux où sa jeune mère pourra l'amener. Et elle sourit, elle s'émerveille. A chaque seconde qui passe un plus grand sourire vient se dessiner sur ses jolies joues rouges.

voiture à pédales

A force de nous spécialiser, nous devenons plus vulnérables, et c'est la mort.
La totalité des informations emmagasinées par une personne dans toute sa vie n'est qu'une goutte d'eau dans l'océan.
Une fois que le doute est en vous, il ne vous quitte plus.
La mémoire ne peut être définie.
Mais elle définit l'humanité.
Ni la science ni la philosophie n'ont pu définir la vie.
Je suis une entité vivante et pensante issue de l'océan de l'information.
Ce qui vit doit mourir, c'est une loi éternelle.
Nous vivons dans un environnement dynamique.
Vouloir rester ce que tu es te limites.

[Mamoru Oshii - Ghost in the Shell]

vendredi 13 juin 2008

litres de larmes

Hier, assise à ses côtés, elle se laissait bercer par ses mots tendrement murmurés, elle lui offrait toujours son oreille, dans l'attente de quelque chose, un mot unique, exceptionnel, un mot inventé pour elle. Il allait l'inventer, il était capable de tout pour elle, Elia le savait. Ce mot, elle voulait qu'il parvienne jusqu'à elle, qu'il se love en elle, qu'il la réchauffe.
Lui la diluait par ses regards timides de celui-qui-ne-sait-pas, mais qui pourtant se doute. Elle aimait son regard gorgé d'émotion, mais la mort lui est venue de ces yeux là...

jeudi 5 juin 2008

acte manqué

Il pleut. Ça fait au moins une heure que tu marches. Tu es trempée, ça t'es égal. En vérité, tu te sens bien sous la pluie battante. Elle te parles, petite Elia, écoute-la. Ce qu'elle essaye de te dire, tu le sais. Tu l'as déjà entendu, mais aussitôt oublié.
Ne t'accroches pas trop aux rêves qu'on te raconte, ma belle étoile. Gardes toujours précieusement les tiens. Vis-les, portes-les, emmènes-les dans le moindre de tes voyages. Ils t'empêcheront de chuter, de te perdre, ou de te noyer.
Presque partout où tu te rendras, elle sera à tes côtés. Elle fera revivre tes pensées et tes souvenirs les plus beaux. Une caresse sur tes joues. Un frisson le long de tes vertèbres. Libre, comme toi.

oeil en deuil

La mort n'est rien, je suis seulement passé dans la pièce à côté. Je suis moi. Vous êtes vous. Ce que j'étais pour vous, je le suis toujours. Donnez-moi le nom que vous m'avez toujours donné, parlez-moi comme vous l'avez toujours fait. N'employez pas un ton différent, ne prenez pas un air solennel ou triste. Continues à rire de ce qui nous faisait rire ensemble. Priez, souriez, pensez à moi, priez pour moi. Que mon nom soit prononcé à la maison comme il l'a toujours été, sans emphase d'aucune sorte, sans une trace d'ombre. La vie signifie tout ce qu'elle a toujours été. Le fil n'est pas coupé. Pourquoi serais-je hors de vos pensées, simplement parce que je suis hors de votre vue ? Je ne suis pas loin, juste de l'autre côté du chemin.

[attribué à Charles Péguy d'après un texte de Saint-Augustin]

samedi 31 mai 2008

interiorité

Je me représente tous ces petits mômes qui jouent à je ne sais quoi dans le grand champs de seigle et tout. Des milliers de petits mômes et personne avec eux, je veux dire pas de grandes personnes - rien que moi. Et moi je suis planté au bord d'une saleté de falaise. Ce que j'ai à faire, c'est attraper les mômes s'ils s'approchent trop près du bord. Je veux dire, s'ils courent sans regarder où ils vont, moi je rapplique et je les attrape. C'est ce que je ferai toute la journée. Je serai juste l'attrape-cœurs et tout. D'accord, c'est dingue, mais c'est vraiment ce que je voudrais être. Seulement ça.

[J.D. Salinger - L'attrape-cœurs]

aucune chose

She should have died hereafter ;
There would have been time for such a word.
Tomorrow, and tomorrow, and tomorrow
Creeps in this petty pace from day to day
To the last syllable of recorded time ;
And all our yesterdays have lighted fools
The way to dusty death. Out, out, brief candle !
Life's but a walking shadow, a poor player
That struts and frets his hour upon the stage,
And then is heard no more. It is a tale
Told by an idiot, full sound and fury,
Signifying nothing.

[William Shakespear - Macbeth]